A l’initiative de Kirsten Morin, un hommage à Patrick Morin.
Exposition photos : Rome, le Vatican, Cinecittà.
PATRICK MORIN ou l’anti-paparazzi
Engagé par la FAO (Food and Agriculture Organisation) créée en octobre 1945 au Québec par les Nations Unis, Patrick Morin commence sa carrière en sillonnant l’Afrique pour en rapporter des images à la fonction illustrative et argumentative : il contribue à légitimer les projets de développement de l’organisation.
Des portraits comme ceux des Falashas, juifs éthiopiens à la peau noire qui descendraient de la reine de Saba, laissent deviner un regard d’abord surpris par l’exotisme du sujet, puis conquis par la dignité de l’Autre.
A voir ces photos, on sent bien que la recherche porte sur l’Identique dans les hommes et non sur le Différent. :
« La photographie a pour mission d’expliquer l’homme à l’homme et chaque homme à lui-même. Et c’est la chose la plus compliquée qui soit sur terre » écrivait en 1955 Edward Steichen, promoteur de l’exposition Family of Man à New York consacrée au reportage humaniste et qui eut un immense succès.
A la suite d’un accident et d’une maladie, Patrick Morin, va changer son terrain d’élection.
Arrivé à Rome, où la FAO a transféré son siège en 1951, il pratique le photojournalisme. Il écrit (beaucoup et bien) et exerce son talent de photographe pour le magazine Géographie, mais aussi pour Playboy. Dès lors, son regard se dédouble.
Dans les portraits d’anonymes (Femme qui lit un journal à la villa Borghese) dans la traque de signes de vies insolites (la Piazza San Silvestro après un réveillon). On perçoit encore une approche subjective, humaniste, empreinte d’humour, d’ironie, d’interrogation respectueuse (Jean XXIII en prière). Lorsqu’il déambule dans les rues de la Cité au gré de son inspiration, il renonce manifestement à en rendre un compte exhaustif et organisé. C’est avec la même gourmandise et la même vision organique qu’il photographiera les cardinaux sur la place Saint-Pierre (à partir de la terrasse et au risque de se rompre le cou), la bénédiction de toute la gent animale le jour de Sant’Antonio ou son épouse-mannequin Kirsten sur un toit à contre -jour.
En parallèle se développe une activité centrée sur les portraits de personnalités, de têtes couronnées, de stars, de metteurs en scène.
Il est vrai qu’il est arrivé au pays du miracle économique, au moment où la face de l’Italie -celle du Nord en tout cas- est en train de changer radicalement. Alors que le boom économique creuse le fossé Nord/Sud, la circulation des images contribue à unifier le peuple italien…
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La RAI (la télévision nationale) commence à émettre en janvier 1954. Une deuxième chaîne la suivra en 1961. La presse en plein essor multiplie sa demande d’images, de documents, de témoignages. En 1955, l’Espresso confie ses images à un groupe de photographes indépendants. En 1956, Il Giorno est le premier quotidien à se doter de sa propre équipe de photographes. En 1962 paraît Panorama, premier magazine italien d’actualité.
Des foules envahissent cinémas et lieux publics (où sont diffusées les émissions les plus populaires) et les festivals comme celui de San Remo. Les Italiens rêvent sur Le Guépard et devant les images de la Dolce Vita. Le cinéma est érigé en passion nationale et ses stars deviennent les sujets préférés d’une nouvelle génération de photographes d’ « assaut ». Comme Marcelo Geppetti, modèle du paparazzo de la Dolce Vita ou Tazio Secchiarolli représenté dans le film au cours d’une manifestation. Ils circulent en vespa, équipés de rolleiflex et de flash, traquent les vedettes via Veneto, n’hésitent pas à s’introduire par effraction dans leur vie privée.
Patrick Morin, lui, ne cèdera pas à la satisfaction du voyeurisme des lecteurs… Il a sa muse Kirsten auprès de lui : est-ce pour cette raison qu’il refusera toujours les techniques dignes de l’espionnage qui ont justifié l’appellation de « soft killers » attribuée aux paparazzis.
Il contribuera cependant à élaborer une esthétique de l’image dans le domaine du spectacle et de la mode, fondée sur l’exaltation de la séduction. Il construira lui aussi les images du glamour méditerranéen avec ses modèles féminins suaves, sexy, délicatement à la mode, avec ses beautés éclatantes et sensuelles.Sorti de son studio à la fin du 19e siècle, le photographe est rapidement devenu un témoin incontournable de son temps.
Au reportage événementiel porté par les soubresauts d’une actualité souvent dramatique et violente (les « news » dans le jargon actuel) s’est opposée une conception plus distanciée et sereine, une volonté de rendre compte d’un « en-de-ça » de l’action qui laisse s’exprimer la sensibilité du photographe et son empathie avec les sujets photographiés (les « sujets magazines »).
Claudie Saint-Patrice
(octobre 2011)
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Notice biographique
Il naît en Bretagne en 1928. Son père dirige alors le journal Ouest-France qui sera saisi plus tard par l’occupant allemand. Par sécurité il envoie sa famille passer les années de guerre aux Etats-Unis. Patrick Morin choisit d’ y rester après la libération.
A l’âge de 17 ans, débute pour lui une carrière de journaliste au Washington-Post puis au New-York Times.
Il meurt en 2002, laissant un impressionnant fond de photographies et de films dont Kirsten Morin confie la conservation à « Rue des Archives ».






